DETAIL ACTUALITÉ

Interview de François Leclercq

Le lauréat du concours d'urbanisme d'extension nous explique son projet

L’architecte et urbaniste François Leclercq conduit l’équipe lauréate du concours de maîtrise d’oeuvre urbaine de l’extension d’Euroméditerranée, en association avec les paysagistes de TER , les architectes marseillais Rémy Marciano et Jacques Sbriglio, et le Groupe d’ingénierie Setec. François Leclercq travaille sur d’autres projets urbains de grande envergure,tels que l’extension de La Défense, le Grand Paris, l’aménagement de la porte de Valenciennes pour Eurallile, l’aménagement du secteur nord-est de Paris, ou encore l’éco-quartier des Aubiers, à Bordeaux.

« Ce qui m’intéresse dans tous les projets que je réalise, et particulièrement l’extension d’Euroméditerranée, c’est de raconter des histoires à partir des préexistences enfouies, affleurantes ou évidentes. En travaillant sur notre proposition, j’ai tout de suite été frappé par la puissance du fait naturel : on est en ville, mais aussi en fond de vallée, presque dans le lit d’une rivière. Et, ce chemin de l’eau peut être le début de l’histoire, d’un parcours qui va fédérer l’ensemble du projet. La deuxième dimension de notre réponse est historique et géographique : nous avons beaucoup travaillé sur l’appartenance à la ville constituée, sur comment Marseille a créé sa trame urbaine si particulière, ses rues et voies dessinées entre le relief naturel et la géométrie de l’aménagement. Sur le site de l’extension, la trame est marquée par des discontinuités : notre projet cherche au contraire à continuer la ville, à mieux relier le site aux trames urbaines qui l’entourent, à créer des quartiers qui se traversent et se prolongent.
La troisième dimension de notre approche est métropolitaine : quoi qu’on dise, Marseille est une métropole de fait, c’est la pointe entrante d’un triangle formé avec Aix et Vitrolles, et dont la pierre angulaire est Euroméditerranée II. C’est là que les réseaux convergent, et notre idée est qu’il faut profiter de ces réseaux et ne plus les subir. De là vient, par exemple, notre proposition de semi-enfouissement de l’A55 pour conserver sa qualité essentielle de travelling sur le port, dont doivent bénéficier les piétons comme les automobilistes. C’est la possibilité d’un boulevard de corniche, d’un espace public exceptionnel qui replace la ville dans un rapport à la mer, au grand paysage. Ce que Marseille sera dans dix ans ? J’ai envie qu’elle soit la ville qu’on ne veut pas quitter. Je suis très marqué par l’idée qu’on est toujours en train de s’enfuir de là où l’on vit, le week-end par exemple. On peut faire la ville la plus vertueuse au plan du développement durable, mais que faire si elle est ennuyeuse ? Je veux la ville qui sait retenir... Cela aussi a inspiré le projet, notamment sur la dimension des grands équipements structurants, le parc, l’îlot extraordinaire XXL. »